Cher, chère, chèr.e.s OXALIS,
Nous sommes le 31 octobre 2022, c’est notre dernier jour à OXALIS. Notre premier jour c’était le 8 juillet 2008. Alors, près de 15 ans après, avec quelques digressions, ça vaut bien un long message d’au-revoir.
On voudrait d’abord dire MERCI.
- Merci à toute la structure d’avoir soutenu notre projet d’activité rurale, d’avoir toujours accepté que cette activité évolue au gré de notre réalité personnelle, familiale. A l’image des agros qui ont bifurqué et dont on a beaucoup entendu parler ces derniers mois, nous avons décidé, il y a 20 ans avec notre diplôme d’ingénieur agro en poche, que nous devions expérimenter, proposer un autre modèle. Nous l’avons fait discrètement, ce n’était pas tout à fait à la mode, et le pain, en milieu rural, a porté notre intention. La Terre commençait déjà à se réchauffer mais l’enjeu restait confidentiel. Aujourd’hui, c’est une réalité pour tous, du moins c’est ce que l’on espère.
- Merci à Thomas de nous avoir montré le chemin d’OXALIS quand nous cherchions désespérément début 2008 un statut pour notre projet.
- Merci à Bernard, Christophe, Cécile, Charlotte, Éléonore d’avoir accompagné notre projet, dans ses dimensions économique, technique et humaine.
- Merci à toi Fabrice, où que tu sois, d’avoir, sans ménagements ni compromissions, toujours mis les mots et l’énergie sur l’indispensable santé au travail, sur l’indispensable équilibre entre le projet personnel et professionnel, sur l’indispensable sens. Sans toi, nous n’y serions pas arrivé, c’est certain. Ton départ nous a terriblement déstabilisés. Merci à toi Sandrine d’avoir été notre porte-voix à la cérémonie en son hommage.
- Merci à l’équipe structure dans son ensemble pour la gestion quotidienne de notre activité au sein de ce grand tout. Formation, comptabilité, paie, mutuelle, etc. la liste est longue.
- Merci aussi d’avoir accepté de nous faire un prêt pour notre four, quand les organisations locales ne voulaient pas comprendre que nous n’étions qu’une partie d’OXALIS et que non, nous n’avions pas des millions d’euros de chiffre d’affaires... leur raison pour ne pas nous permettre d’accéder aux aides aux entreprises.
- Merci d’avoir soutenu le projet de compagnonnage, dont nous avons fait le bilan lors du dernier groupe boulange, chez Gilles.
- Merci pour ce groupe boulange auquel nous allons continuer à participer, ses membres sont d’accord là-dessus, et qui a été notre principal lien avec OXALIS. Les boulangers, vous êtes nos potes, nos alter-ego, nos co-pains, notre essentiel en somme.
Nous avons aussi quelques REGRETS.
- Regret d’avoir perdu le fil d’OXALIS quand il a été décidé de grandir, de croître, d’aller dans plein de sens, tellement qu’on en a perdu notre boussole. A quelle place aurions-nous pu être dans ce grand machin:-) ? Nous les boulangers et les métiers du faire ; nous les isolés en Bourgogne; nous les micro-activités. Passer de 80 à plus de 250 (nous ne savons plus vraiment où on en est), était-ce vraiment une bonne idée ? Nous n’avons pas la réponse.
- Regret d’avoir fait flop avec notre invitation à un temps d’échange, de réflexion et de convivialité chez nous quand nous avons appris que Charlotte partait, pour cause de burn-out. Au passage, Merci à Régis, Christophe et Hélène d’avoir été les seuls à réagir à notre proposition. Le silence général nous a fait douter. Le récent message d’Alice ne nous rassure pas sur l’état de l’équipe… nous espérons que le sujet du craquage, du mal être au travail ne sera pas traité à la légère, ça fait quand même quelques années que ça dure. Dans une organisation de Salariés Sans Patron, la responsabilité est collective. Nous espérons que les anciens, que le CA, que la direction générale, que l’ensemble des sociétaires sauront se montrer à la hauteur de l’enjeu pour défendre le projet initial d’OXALIS, dans un rapport émancipateur au travail.
- Regret d’une structure qui semble s’institutionnaliser. C’est un chemin assez classique dans les organisations innovantes. Pourtant, il nous semble que l’institutionnalisation porte les germes d’une standardisation et d’une déconnexion au projet politique.
- Regret de ne pas avoir su/pu capitaliser sur la dimension rurale de notre activité. Nous faisions partie des métiers du faire mais aussi de ceux qui ont vu dans OXALIS une possibilité de mettre en lumière la capacité des projets à porter, développer le milieu rural comme un espace de modernité.
- Regret de ne pas avoir su défendre au sein d’OXALIS notre vision de l’économique : nous avons fait peu de chiffre d’affaires globalement, nous avons diminué drastiquement la taille de notre activité à partir du jour où on a compris qu’on y perdrait notre sens et notre santé, nous ne nous sommes pas très bien payés au regard des heures travaillées. Mais, si on y regarde de plus près, nous avons aussi rénové une vieille grange qui est devenue notre maison, nous avons fait chaque année un jardin qui nous a fourni des légumes, nous avons entretenu la biodiversité d’un petit coin de terre, nous avons fait grandir nos trois enfants dans un monde de paix. Nous les avons aussi emmenés sur la voie de la révolte pour qu’ils sachent ne jamais lâcher les essentiels. Quand nous les regardons aujourd’hui, nous sommes assez fiers, même si notre salaire n’a peut-être pas été à la hauteur. Finalement quel sont les critères d’analyse de la réussite que l’on doit se donner ? Un taux horaire ? Pas si sûr.
Pour terminer ce message, au risque de nous répéter et pour ne pas finir sur des regrets, nous voulons tout particulièrement te remercier, Eléonore, toi qui as accompagné notre réflexion pendant les deux années passées. Ton accompagnement, ton sens de l’écoute, notre histoire commune dans les CIVAM et l’AFIP nous ont porté pour définir, préciser, oser ce qui était bon pour nous. Il n’y a pas de mots assez puissants pour dire le sentiment que nous ressentons à ton égard. Le mot MERCI est le seul qui nous vient même s’il est un peu court. Les enfants, en manif à Saint Soline, avaient ton numéro de téléphone dans la poche, au cas où. Ils n’en ont pas eu besoin mais tu auras cette place particulière pour nous tous, la sécurité au fond de la poche, discrète mais solide.
L’aventure du milieu rural continue chez les Petitdidier :
-
un statut d’auto-entrepreneur pour Nicolas pour continuer à boulanger, et aussi participer au groupe boulange
-
un engagement dans l’Internationale Boulangère Mobilisée qui se profile, grâce à une rencontre dans le Morvan (merci Marine), notamment dans l’École Boulangère Mobilisée, belle suite du compagnonnage pour nous qui propose un espace de formation autogérée autour du pain au levain
-
la responsabilité du Centre Communal d’Action Sociale de Clamecy pour Emmanuelle.
Nous ne bougeons pas du Morvan, alors si vous passez par là, faut pas hésiter à vous arrêter au Fournil de la Roseraie Vésigneux 58140 Saint-Martin du Puy (Nico 06 48 48 87 52 / Emma 07 84 39 09 82).
Bonne suite à vous tous . Des bises enfarinées.
Emmanuelle et Nicolas (en quelques photos ici)



